La lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale est maintenant reconnue comme un des principaux enjeux du développement, puisqu’ils dépossèdent les pays pauvres, comme les riches, des ressources fiscales nécessaires pour mener des politiques publiques sans avoir à dépendre des financements extérieurs, de l’aide internationale et de l’endettement. En organisant le contournement des lois, de l’impôt et des règlementations bancaires, les paradis fiscaux et judiciaires font insulte aux règles élaborées dans le creuset démocratique.
Entre le début des années 70 et aujourd’hui, le nombre de paradis fiscaux reconnus est passé d’environ 25 à 72. La plupart d’entre eux n’ont pas d’autonomie politique réelle et sont, de facto, contrôlés par les principales places financières mondiales : les gouvernements des pays riches sont largement responsables du développement de ces territoires d’opacité et d’impunité. Chaque année s’envoleraient des pays du Sud vers les paradis fiscaux 10 fois ce qu’ils reçoivent en aide internationale : 600 à 800 milliards d’euros, selon les estimations de Raymond Baker .
La fraude fiscale à laquelle se livrent, notamment, les multinationales, serait responsable à elle seule de 60 à 65% de cette fuite illicite de capitaux Conséquence des fausses factures et de la manipulation des prix de transfert entre les filiales d’un même groupe pour délocaliser ses profits dans les paradis fiscaux, les caisses des Etats du Sud perdraient chaque année 125 milliards d’euros de recettes fiscales , davantage que la somme demandée par les Nations unies pour réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. Par ailleurs, ce sont 20 à 40 milliards de dollars qui fuiraient chaque année les pays du Sud du fait de la corruption, selon la Banque mondiale.
Le développement en 2008 de la crise financière née aux Etats-Unis a confirmé la nocivité des territoires sans loi que sont les paradis fiscaux et leur rôle dans l’instabilité financière. Le G20 a mis la lutte contre les paradis fiscaux à l’ordre du jour des négociations internationales. Un processus inédit est enclenché, mais le chemin est encore long. Pour les organisations de la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires, le sort des pays en développement doit être une préoccupation constante des autorités françaises, européennes et internationales à l’heure d’attaquer le fléau des paradis fiscaux.